The Laws and the Land. The Settler Colonial Invasion of Kahnawà:ke in Nineteenth-Century Canada – Daniel Rück

Dans ce livre tiré de sa thèse de doctorat, l’historien Daniel Rück, professeur au département d’histoire de l’Université d’Ottawa, propose une histoire des relations au XIXe siècle entre le Canada et Kahnawà:ke, l’une des nations autochtones les plus peuplées et influentes du pays durant ce siècle. Sous une perspective postcoloniale et à partir de sources d’archives diversifiées – « records of the Department of Indian Affairs, personal papers, period newspapers, travel literature, censuses, legal records, maps, government reports, and a broad array of judicial sources[1] » –, Rück analyse les différentes manifestations du droit, autochtone et colonial, face à la propriété foncière. Il y observe la rencontre, mais surtout les frictions de deux traditions juridiques dans le contexte colonial canadien. Selon l’auteur, il y aurait eu tout au long de la période étudiée une « asymmetrical encounter[2]» entre la loi de Kahnawà:ke et les « lois indiennes » canadiennes, dans le contexte général de la Confédération, de la Loi sur les Indiens, de l’histoire autochtone et du colonialisme[3]. 

Les nuances, précisons-le, ne sont pas toujours au rendez-vous dans cet ouvrage. L’auteur prend rapidement position quant à la situation qu’il décrit et les jugements de valeur sont omniprésents. Il est rapidement possible pour le lecteur de constater que les sources sont interprétées à travers une lunette idéologique bien avouée. D’un côté, les Autochtones de Kahnawà:ke sont présentés comme des êtres « bons », « pures » qui ont pour seul objectif de vivre en « harmonie » au sein de leur communauté. Leurs intentions sont, à tout coup, honnêtes, sincères et vertueuses. Par exemple, lorsqu’il traite des conditions d’établissements de Kahnawà:ke, Rück écrit : 

They came from many nations and many places, but they all believed that Kahnawà:ke offered what they needed: safety, economic opportunity, and religious and social harmony. They saw it as a place where they could live as they wished, with the freedoms they expected. Their intent was not to put themselves under the thumb of the French monarch or missionaries, as early commentators and historians erroneously believed. Rather, many saw themselves as moving into a different part of their own national territories, and they formed a political and military alliance with the French in exchange for political independence, economic opportunity, and land security[4].

De l’autre côté, les « fermiers blancs », qui sont amalgamés aux « autorités coloniales » dans cet ouvrage – l’auteur ne semble pas faire la distinction entre « colon » et « colonisateur » –, sont constamment présentés tout au long du livre de manière extrêmement négative. Les termes « evil » – ce n’est pas rien – et « threat » sont souvent utilisés pour les désigner. Ceux-ci auraient, littéralement, tenté de « génocider » – sans armes ni soldats… – les Autochtones de Kahnawà:ke :

Although colonial invasions and occupations always involve violence of some kind, the colonial invasion in this book was not accomplished with weapons and soldiers. Nevertheless, this invasion had the genocidal goal of eliminating an Indigenous nation, and the “slow violence” chronicled in these pages resulted in untold harm. Thus, The Laws and the Land is a micro-history that tells the larger story of the Canadian project to install settler governments and settler law as the only legitimate authority while simultaneously weakening and destroying Indigenous nations and their laws[5].

Si plusieurs démonstrations sont pertinentes et méritent d’être entendues, il faut toutefois noter que dans la quasi-totalité des situations étudiées par l’auteur, les conclusions mises de l’avant sont prédéterminées et parfois même contradictoires. Par exemple, dans le troisième chapitre, Rück aborde la perte de territoires des Autochtones de Kahnawà:ke au détriment des fermiers blancs durant la première moitié du XIXe siècle. Il dénonce sans réserve cette situation puisqu’elle engendre des pertes territoriales et économiques pour ces derniers tout en favorisant l’expansionnisme colonial. Dans le sixième chapitre, alors qu’il écrit sur la décision de la DIA en 1884 de cimenter les droits des Autochtones sur leurs propriétés foncières – seulement eux peuvent vendre ou acheter les terres de Kahnawà:ke –, Rûck présente cette décision comme « raciste » puisqu’elle désavantagerait les autochtones économiquement[6]. Donc, quand les fermiers blancs font l’acquisition de terres dans le territoire de Kahnawà:ke, il s’agit d’« evil colonialism » et d’appropriation des territoires autochtones. À l’inverse, quand les autorités décident que les terres de Kahnawà:ke, en réponse aux critiques et résistances de ces derniers, doivent seulement se vendre entre autochtones afin de favoriser leur mainmise sur leurs propriétés foncières et, de facto, éviter que le phénomène d’appropriation des terres continue, alors c’est une décision « raciste » qui aurait été volontairement mise en place pour désavantager économiquement les peuples autochtones. Dans tous les cas, même si les situations s’opposent, un groupe est victime et l’autre est oppresseur. L’objectif de cet ouvrage est évident :  peu importe la situation, il faut présenter les Autochtones comme de bonnes personnes au mœurs irréprochables qui sont les victimes des blancs qui n’ont que des intentions « maléfiques » à leurs égards. Nous avons presque l’impression de lire les livres des néonationalistes comme Séguin, Brunet et Frégault qui, durant les années 1950, écrivaient l’histoire du Québec sous la lunette d’une nation opprimée, en toute circonstance, et d’une puissance coloniale opprimante, en tout cas. Les nuances sont importantes en histoire et quand nous sommes trop émotionnellement engagé, elles risquent de se perdent. Enfin, sur une note plus personnelle, évidemment que la situation coloniale n’est pas évidente et qu’elle doit être présentée telle qu’elle s’est produite, mais je ne crois pas qu’en mettant de l’avant un discours idéologique sans nuances nous arriverons à bien comprendre les conditions qui ont caractérisé notre passé. Ce livre ne devrait pas être présenté comme une monographie historique, mais bien comme un essai, puisque c’est ce qu’il est. 


[1] Daniel Rück, The Laws and the Land. The Settler Colonial Invasion of Kahnawà:ke in Nineteenth-Century Canada, Vancouver, UBC University Press, 2021, p. 22. 

[2] Ibid., p. xi. 

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 28. 

[5] Ibid., p. 234. 

[6] Ibid., p. 180.

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